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La gestion des déchets nucléaires et le projet de stockage profond (CIGEO)

14 mai 2025
Thibaut

Le nucléaire, énergie bas carbone, pose un défi majeur : la gestion des déchets radioactifs. Le projet Cigéo prévoit leur stockage en profondeur dans une couche géologique stable, garantissant sécurité, maîtrise des risques et adaptabilité pour les générations futures.

L’essor du nucléaire comme énergie bas carbone est un élément essentiel pour lutter contre le changement climatique et assurer une transition énergétique durable. Toutefois, cette production énergétique s’accompagne d’un défi incontournable : la gestion des déchets radioactifs. Assumer cette responsabilité est essentiel pour garantir la pérennité et l’acceptabilité du nucléaire comme une énergie propre et durable 🌍

La majorité des déchets radioactifs en France sont stockés en surface dans les installations du CSA et du CIRES, mais les déchets les plus dangereux, bien que minoritaires en volume, n’ont pas encore de filière de stockage définitive.

Pour en savoir plus sur le CIRES

🤔 Comment gérer des déchets qui peuvent rester dangereux pendant plusieurs centaines, voire milliers d’années ? La France a choisi l’option considérée comme la plus sûre sur le long terme : le stockage géologique profond.

Cette solution consiste à enfouir les déchets dans une couche géologique stable depuis plusieurs centaines de millions d’années, homogène sur une grande épaisseur, quasiment imperméable et protégée des risques sismiques.

C’est entre les départements de la Meuse et de la Haute-Marne 📍 que l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (Andra) mène des études en vue de concevoir et construire le site de stockage profond des déchets nucléaires : le projet Cigéo.

En confiant les déchets à un stockage sûr et contrôlé, ce projet permet de préserver les écosystèmes, de réduire les risques liés à la dispersion radioactive et d’assurer une maîtrise à long terme des conséquences de l’énergie nucléaire.

🗑️ Quelle différence entre stockage et entreposage ?

💡 L’entreposage de matière ou de déchets radioactifs est l’opération consistant à placer ces substances à titre temporaire dans une installation spécialement aménagée en surface ou en faible profondeur avec intention de les retirer ultérieurement.

💡 Le stockage de matière ou de déchets radioactifs est l’opération consistant à placer ces substances dans une installation spécialement aménagée pour les accueillir de manière potentiellement définitive sans intention de les retirer.

☣️ Quels déchets seront concernés ?

  • Les déchets MAVL (Moyenne Activité à Vie Longue) sont principalement issus de l’industrie électronucléaire (ex. : structures métalliques entourant le combustible, résidus liés au fonctionnement des centrales). Aucune filière dédiée à leur stockage n’existe encore, ils sont donc provisoirement entreposés sur les sites des producteurs.
  • Les déchets HA (Haute Activité) proviennent presque exclusivement de l’industrie électronucléaire (ex. : combustible usé des centrales). Comme les MAVL, aucune filière d’élimination n’est encore en place. Ils sont donc provisoirement entreposés sur les sites des producteurs, notamment dans les piscines de La Hague, en attendant une solution de stockage pérenne.

Les déchets MAVL et HA représentent environ 3 % du volume total des déchets nucléaires, mais concentrent à eux seuls 99 % de la radioactivité.

L’inventaire des déchets destinés à Cigéo est basé sur l’ensemble du parc nucléaire actuel et sur son renouvellement selon la politique énergétique actuelle, mais il pourrait évoluer en fonction des orientations futures en matière de nucléaire.

La flexibilité du stockage de Cigéo est une priorité. C’est pourquoi une stratégie de réversibilité du stockage (possibilité de modification, de reprise et d’amélioration) a été mise en place sur une période d’environ 100 ans 📝 Ainsi, les modalités de stockage seront adaptables, permettant aux générations futures de revoir et d’ajuster les décisions prises aujourd’hui en fonction des avancées technologiques et des évolutions politiques de leur temps.

Le projet en une image

Schéma du site de Cigéo

Le projet en quelques points clés

📍Localisation : proche de la commune de Bure (55290), entre les départements de la Meuse et de la Haute Marne

⬇️ Profondeur : 500 mètres

🌍 Couche géologique : Callovo-Oxfordien, couche argilique de 140 m d’épaisseur et vielle de 160 millions d’années

📏 Taille de l’installation : 15km2 de galeries

📊 Capacité de stockage : 83 000m3, soit l’ensemble des déchets du parc nucléaire actuel et de son renouvellement

💶 Coût du projet : 25 Md€, soit 1 à 2% du coût de la production d’électricité

⏳ Durée de fonctionnement : 140 ans

📆 Date de stockage des premiers déchets : 2035-2040

Le principe du stockage souterrain

Schéma du principe de stockage profond

Les déchets seront stockés dans des alvéoles souterraines creusées au cœur de la couche argileuse. Une fois le site fermé, cette roche agira comme une barrière de protection naturelle à long terme, limitant et retardant la dispersion des éléments radioactifs dans l’environnement. ⚙️ Grâce à la superposition de plusieurs barrières — les matériaux de conditionnement des déchets, les parois des colis eux-mêmes et la couche d’argile imperméable — la dispersion des éléments radioactifs sera alors extrêmement limitée. La quantité estimée de radioactivité rejetée à la surface (0,001 mSv/an) devrait être 1 000 fois inférieure à la dose de rejet radioactif réglementaire pour les installations nucléaires (1 mSv/an). A titre de comparaison, la radioactivité naturelle en France est évaluée à 0,63 mSv/an.

La dangerosité des déchets diminuera au cours du temps du fait de la décroissance naturelle de la radioactivité mais atteindre une radioactivité nulle pourrait prendre plusieurs milliers d’années.

🔎 Le laboratoire souterrain de Bure

En 2000, l’Andra a débuté la construction d’un laboratoire souterrain permettant de répliquer et d’étudier le site de Cigéo. Ce laboratoire, situé à 500m de profondeur est constitué d’un réseau de presque 2 km de galeries, et est toujours en travaux. Il permet de récolter des milliers de données tous les jours afin d’étudier la faisabilité du stockage de Cigéo dans la couche géologique. Ce laboratoire peut être visité, comme toutes les autres installations de stockages de l’Andra.

Le laboratoire sous terrain de l’Andra

Pour aller plus loin…

⏭️ Lorsque le site Cigéo sera définitivement fermé depuis plusieurs siècles et que le site ne devra plus être rouvert, comment s’assurer que les générations futures sauront qu’un centre de stockage de déchets radioactifs, potentiellement toujours dangereux, se trouve sous leurs pieds ? Comment garantir qu’en 2550, elles ne creuseront pas pour effectuer des fouilles archéologiques et ne découvriront pas accidentellement ces déchets ? Comment être certain qu’elles comprendront le message laissé par notre génération ?

Toutes ces questions font partie des recherches actuelles visant à garantir que l’avertissement sera transmis aux générations futures. Plusieurs pistes sont étudiées, notamment la gravure d’information sur un disque en saphir, capable de résister à des contraintes physiques pendant des milliers d’années, ou encore l’installation d’une forêt avec des arbres de couleur bleue pour informer de la dangerosité du sol.

Toutes les informations sur le projet Cigéo sont publiques. La politique de communication de l’Andra repose sur une démarche d’ouverture, de concertation et de transparence.

A propos de l'auteur

Thibaut
Chef de projet AMO

Ingénieur projet spécialisé dans les déchets nucléaires, Thibaut a acquis une première expérience au sein d’un grand groupe français spécialisé dans ce domaine avant de rejoindre New-e en septembre 2024. Dans ce cadre, il a notamment travaillé sur le chantier de décontamination des anciens laboratoires de Pierre et Marie Curie à Arcueil.

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